« La souveraineté minière se mesure aussi à ce qui continue de produire quand la ressource s’épuise. »

Mon précédent article s’arrêtait sur une question de contrôle : qui organise le passage de l’or entre la mine et le marché. Je reprends ici à l’étape suivante. Admettons que la valeur ait été captée, que les recettes soient encaissées et que la part nationale de la chaîne se soit élargie. Il reste à savoir ce que devient cet argent.

La question a l’air comptable. Elle touche pourtant à ce que les États africains appellent aujourd’hui souveraineté minière. Lorsque le Cameroun discute d’une participation publique portée à 35 % dans les projets industriels, il défend un droit sur la rente. L’usage de cette rente reste à décider, et c’est lui qui dira, dans trente ans, ce qu’il reste de la mine une fois le gisement épuisé.

Une mine consomme son propre capital

Une exploitation minière vend un stock. Chaque tonne exportée s’ajoute au PIB de l’année et retranche d’autant du patrimoine national, ce que la comptabilité nationale usuelle enregistre mal.

La Banque mondiale corrige cet angle mort avec l’épargne nette ajustée : l’épargne d’un pays, diminuée de l’usure de son capital productif, de l’épuisement de ses ressources naturelles et des dommages liés à la pollution, puis augmentée de ses dépenses d’éducation. Le résultat n’est pas flatteur pour notre continent. Dans l’édition 2018 de The Changing Wealth of Nations, l’Afrique subsaharienne apparaissait comme la seule région du monde à avoir connu des périodes d’épargne nette ajustée négative, autour de –3 % du revenu national brut en moyenne sur la décennie précédente. [1] Une partie de la croissance tirée des ressources n’a donc pas été remplacée par d’autres actifs.

J’en tire une conséquence pratique. Le niveau des recettes minières ne dit rien de la qualité de leur gestion ; il faut regarder ce qui a été construit en contrepartie, et soustraire ce qui a été abîmé en chemin. Une nappe phréatique polluée ou des terres agricoles perdues font partie du bilan, même lorsqu’elles n’apparaissent dans aucun budget.

[1] Banque mondiale, The Changing Wealth of Nations, éditions 2018 et 2024. https://www.worldbank.org/en/publication/the-changing-wealth-of-nations

ARTICLE 08 INÉDIT

Texte intégral dans le Cahier 01

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